Le roi Mohammed VI a reçu, ce samedi à Rabat, Abdellatif Jouahri, gouverneur de la banque centrale, qui a présenté au Souverain le rapport annuel de la Banque centrale sur la situation économique, monétaire et financière au titre de l'exercice 2021.

Dans son allocution devant le Roi, Abdellatif Jouahri a indiqué que malgré une conjoncture internationale difficile, l’économie nationale a pu réaliser une performance remarquable en 2021, avec une croissance de 7,9% et ce, grâce à la campagne de vaccination, qui a connu un progrès exceptionnel, et au programme de relance économique lancés par le Souverain, en plus du maintien des stimulus monétaire et budgétaire et des conditions climatiques favorables.

Ce rebond de l’économie nationale a engendré, a-t-il précisé, une nette hausse des recettes fiscales, contribuant ainsi à réduire le déficit budgétaire à 5,9% du PIB, alors que la reprise sur le marché du travail n’a été que partielle.

D’un autre côté, il a souligné que les échanges extérieurs ont enregistré une amélioration remarquable et les transferts des Marocains résidant à l’étranger ont atteint un niveau record de 93,7 milliards de dirhams (1 euro = 10,5 DH), permettant ainsi de contenir le déficit du compte courant à 2,3% du PIB. Les avoirs officiels de réserve de la banque centrale se sont ainsi établis à l’équivalent de 6 mois d’importations. Pour sa part, l’inflation est ressortie à 1,4% au lieu de 0,7% une année auparavant, sous l’effet essentiellement des pressions d’origine externe.

Dans ce contexte et pour soutenir la reprise de l’économie, M. Jouahri a précisé que la banque centrale a maintenu l’orientation accommodante de sa politique monétaire et reconduit les mesures mises en place en 2020 dans le cadre de la réponse à la crise, contribuant ainsi à la poursuite de la tendance baissière des taux d’intérêt et au maintien du rythme relativement soutenu du crédit bancaire.

Il a par ailleurs indiqué que sur le marché de change, alors que le cours du Dirham est resté à l’intérieur de la bande de fluctuation, la Banque a poursuivi ses efforts visant à sensibiliser les acteurs économiques notamment les petites et moyennes entreprises aux risques de change.

Somme toute, M. Jouahri a affirmé que grâce à une mobilisation exceptionnelle, le Maroc a réussi à résister à la crise et à assurer un retour sans heurts à la normalité de l’activité économique et sociale. Cela a permis de rehausser la confiance et de redonner l’espoir de retrouver, voire dépasser, les performances économiques et sociales d’avant crise.

Toutefois, alors que le monde s’apprêtait à entrer dans l’ère post-Covid, a-t-il ajouté, le déclenchement de la guerre en Ukraine a accentué les perturbations du commerce mondial et la flambée des prix et a engendré une détérioration des perspectives économiques et une intensification des incertitudes qui les entourent.

Face à un tel environnement international, M. Jouahri a soutenu qu’il est impératif que les autorités publiques donnent la visibilité nécessaire pour redynamiser l’investissement privé et renforcer l’adhésion à l’action publique. Celle-ci requiert plus de transparence dans le processus de décision, une communication claire sur les choix opérés et des évaluations régulières et objectives de leur mise en œuvre.

Toutefois, pour de nombreux chantiers en cours, ces prérequis ne sont pas suffisamment pris en compte. Le cas de la réforme de l’éducation en est un exemple édifiant. Sa mise en œuvre connait plusieurs changements, ce qui peut nuire à la mobilisation nécessaire pour la concrétisation de ses ambitieux objectifs.

Sur un autre registre, M. Jouahri a indiqué que le chantier de la généralisation de la protection sociale est cité aujourd’hui en exemple par les institutions et les partenaires internationaux. Pour sa réussite et sa finalisation dans les délais prévus, il est indispensable de mener à bien les projets parallèles, qui devraient permettre de mobiliser une partie des ressources nécessaires, tels que l’achèvement de la réforme du système de compensation et la mise en œuvre du registre social unifié.

En outre, la réforme des régimes de retraite est encore partielle et incomplète, alors que les équilibres financiers de certains d’entre eux connaissent une détérioration inquiétante.

A cet égard, il a spécifié que des marges potentielles résideraient également au niveau de plusieurs projets initiés. Il s’agit en particulier de la refonte du secteur des entreprises et établissements publics, pour une plus grande efficience et une meilleure contribution à la dynamisation de l’investissement et de l’opérationnalisation du Fonds Mohammed VI pour l’investissement, qui permettraient, parallèlement à l’adoption du projet de la charte d’investissement, d’espérer un nouveau souffle pour le tissu productif national, qui en a tant besoin.

Par ailleurs et compte tenu des conséquences palpables du changement climatique, le gouverneur de la banque centrale a plaidé pour un changement de paradigmes en matière d’élaboration des politiques de lutte contre ce phénomène. Il conviendrait ainsi selon lui d’opter pour une approche holistique et surtout ferme pour renforcer la prise en compte des exigences climatiques comme une constante fondamentale de toute action publique ou privée.

Enfin, M. Jouahri a souligné que le monde s’apprête à entrer dans une nouvelle ère marquée par des changements profonds de paradigmes que les crises successives ont enclenchés ou accélérés. Face à cet environnement difficile, il a rappelé que les véritables atouts du Maroc restent ses constantes nationales et son capital humain.

Hits: 0

© Copyright LaPresse